24 mars 2006
Une nouvelle rubrique tenue par mon ami Vidou!
J'aime le cinéma mais je ne sais pas toujours vraiment comment en parler et partager le sentiment qu'un film m'a laissé. Certaines oeuvres me touchent tant que je ne peux les revoir et difficilement bien en parler ("La liste de Schindler", "Intelligence artificielle", "la vie est belle"...), d'autres me remuent et me parlent tant que je pourrais les revoir et encore les revoir ("Moulin rouge", "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" etc...) et je ne parle pas des b.o. que je peux écouter en boucle. En ce moment c'est "Requiem for a dream" et "Moulin rouge" mais à une époque ce fut les b.o. d"Apocalypse now", "Mission", "New-York 1997" (C'est deux derniers grâce à mon père qui les aimait beaucoup et avait voulu partager "New-York 1997" avec moi et m'en expliquer le sens, je devais avoir dix ans), "Lost highway". Le cinéma nous fait entrer dans un autre monde et je connais quelqu'un qui en parle très bien. Evidemment lorsqu'il m'a proposé d'écrire de temps en temps des billets ciné pour mon blog...Ni une, ni deux, j'ai dit oui!
J'espère que vous aurez autant de plaisir que moi à le lire:
"Il y a quelques années (1998), Darren Aronofsky faisait ses premiers pas dans la réalisation avec “Pi”, un OFNI (objet filmique non-identifié) au budget ridiculement bas, tourné en noir et blanc avec des acteurs complètement inconnus du grand public. Le film devint pourtant un grand succès auprès des cinéphiles, ce qui permit à Aronofsky de bénéficier de moyens plus importants pour son projet suivant, deux ans plus tard. Le résultat fut “Requiem for a Dream”, l’un des films les plus impressionnants qu’il m’ait été donné de voir traitant des dépendances, de la drogue, de la solitude et du désarroi.
Aronofsky s’est basé sur le livre de Hubert Selby Jr, également auteur de “Last Exit To Brooklyn”. L’histoire tourne autour de Sarah Goldfarb, une dame âgée et démunie qui trompe sa déprime en se goinfrant de sucreries tout en imaginant un monde en carton-pâte où elle serait l’héroïne de son jeu télévisé favori. Lorsqu’un jour Sarah reçoit le coup de fil tant attendu lui annonçant qu’elle est sélectionnée pour enfin participer au jeu en question, elle décide de suivre un régime strict qui lui permettra d’enfiler, après tant d’années, son unique belle robe. Un médecin-charlatan sans scrupules lui prescrit alors des pilules qui, rapidement, ont des effets secondaires très inquiétants.
Son fils Harry, brillamment interprété par Jared Leto, est un junkie contemplatif persuadé de pouvoir faire face à toute les situations. Pour récolter les quelques dollars lui permettant d’acheter sa came, il passe le plus clair de son temps à réquisionner le téléviseur de sa mère pour le déposer au dépôt-vente du coin, alors que sa mère s’obstine à le récupérer systématiquement, routine oblige. Lorsqu’arrive une pénurie de drogue dans la ville, Harry n’a d’autre choix que de s’embarquer dans un plan foireux qui va l’entraîner, lui et sa petite amie (la sublime Jennifer Connelly) vers une longue et douloureuse descente aux enfers…
Les livres de Selby sont le triomphe de la littérature subjective, en ce sens que tout se passe uniquement dans la tête des personnages. Leurs pensées sont représentées de manière littérale, et le lecteur n’en sait pas plus qu’eux sur le déroulement de l’histoire. Aronofsky a tenté de proposer un équivalent filmique à ce style littéraire – tout est subjectif, adoptant le point de vue du personnage que nous suivons. Dans le film cela se traduit notamment par la technique du split-screen (montage parallèle – inventé par Hitchcock et popularisé par Brian De Palma dans “Sisters” - nous montrant d’un côté le personnage et de l’autre ses pensées, avant de revenir à la réalité) ou par la caméra fixée sur l’acteur lors de moments à forte tension émotionnelle, nous permettant d’être plus impliqué et non un simple spectateur. Aronofsky prend naturellement certaines libertés par rapport au roman, mais son atmosphère glauque et pesante est parfaitement respectée.
Avec “Requiem for a Dream” le réalisateur veut clairement faire un parallèle entre toutes les formes de dépendance, qu’elles soient aux drogues dures, à la nourriture, à la télévision, au café ou aux films (j’avoue!) – nous sommes tous accros à quelque chose. Comme Aronofsky l’a déclaré lui-même, le phénomène de dépendance fait partie intégrante de ce qui nous définit comme êtres humains, puisque de notre naissance à notre mort nous cherchons des moyens d’échapper à la réalité qui nous entoure pour la rendre plus supportable, et la façon d’y parvenir n’a finalement que peu d’importance. Même si on ne peut nier que certaines dépendances sont bien sûr plus destructives que d’autres, ce que nous montre le film au travers de ces personnages.
Aronofsky utilise souvent le “montage clippesque” (en référence au rythme rapide et saccadé des clips musicaux sur les chaînes musicales comme MTV – style souvent employé par David Fincher, notamment dans “Fight Club”). Ce type de montage convient particulièrement bien aux moments où Harry prépare ses doses d’héroïne, nous rappelant un peu les trips psychédéliques de “Trainspotting” de Danny Boyle ou encore “Fear and Loathing in Las Vegas” (Las Vegas Parano) de Terry Gilliam. Si vous faites bien attention, vous constaterez qu’Aronofsky ne s’éloigne que très rarement du plan rapproché sur ses personnages, et que tout mouvement de caméra ou succession de plans, parfois extravagants, ont une influence directe sur l’atmosphère du film. Cela se remarque surtout pendant le dernier quart d’heure, assez choquant, mais de manière tout à fait justifiée. Le requiem touche à sa fin, les personnages ont atteint le point de non-retour fatal, qu’il soit physique ou mental. La dernière séquence, d’une extrême violence, est difficile à regarder, mais elle est nécessaire.
Si l’on ajoute à la maîtrise du réalisateur une excellente prestation des acteurs (l’expérimentée Ellen Burstyn -The Exorcist; un magnifique rôle pour Jennifer Connelly -Labyrinth, Dark City, A Beautiful Mind; et un Jared Leto au regard encore plus triste que dans The Thin Red Line, Fight Club ou Alexander), superbement accompagnée de la musique entêtante du Kronos Quartet qui suffit à me donner la chair de poule, on n’est pas loin d’obtenir l’un des films les plus marquants de l’année 2000.
“Requiem for a Dream” est un film déprimant qui tape là où ça fait mal, avec lequel Aronofsky se profile comme un des jeunes réalisateurs les plus indispensables de sa génération. Son prochain film annoncé à la fin 2006, “The Fountain”, devrait nous le confirmer. Mais avant The Fountain, plongez-vous dans “Requiem for a Dream” voire “Pi”, si ce n’est pas encore fait…"
Bon, il faut que je loue "Pi" dès que possible!






